Imaginez. Vous êtes un jeune homme de 17 ans qui a vécu en orphelinat jusque-là fin de son enfance. Vous venez d’emménager avec votre compagne à Detroit et de vous engager chez les Marines et votre petite amie se fait percuter par un chauffard ivre. Ironie du sort, elle venait vous chercher à une soirée ou vous aviez vous-même trop bu. James O’BARR mettra des années à ne plus être rongé par la culpabilité et trouvera un exutoire dans l’œuvre de sa vie, qu’il démarra en 1981 lorsqu’il est envoyé à Berlin par son corps de Marines.
Si un seul Comic book doit être lu dans une vie, c’est bien The Crow. Œuvre romantico-trash ultra violente, gothique à souhait, c’est par cet écrit que James O’BARR a tenté d’exorciser le deuil de sa petite amie. Et savoir le pourquoi cette œuvre a été écrite renforce le propos de celle-ci. On est sur un récit noir, d’une extrême tristesse et dont la violence du deuil n’a d’égal que l’absurdité de la mort et ce sentiment d’impuissance.
UNE BONNE ADAPTATION CINÉMATOGRAPHIQUE
L’histoire est plus que connue, notamment grâce au film avec Brandon LEE. Eric revient d’entre les morts venger le viol puis meurtre de sa petite amie, Shelly. Les monstres qui se sont repus d’elle l’ont fait sous ses yeux agonisants. Le métrage d’Alex PROYAS est bon, et entré dans la légende suite au décès de son acteur principal pendant le tournage. On y retrouve la froideur de ce Détroit fantasmé par l’auteur et surtout la violence punk qui est monnaie courante dans le cinéma de l’époque. Toutefois, ce film, malgré toutes ses qualités et un titre de THE CURE de toute beauté ne rend pas honneur au comics.

THE CROW, UNE OEUVRE EXUTOIRE
Alors, oui, le deuil a obscurci le jugement de l’auteur qui a pu fantasmer l’amour pour sa petite amie. Mais qu’importe ? O’BARR avec The Crow a livré une œuvre majeure du comics indépendant aux USA. Et par là même une sorte de thérapie, pour lui d’abord. Mais aussi, peut-être, pour tous ceux qui ont traversé les mêmes épreuves que lui. À savoir la perte brutale d’un être cher. Ce recueil, augmenté par rapport à la version sortie à la fin des années 80, voit des planches redessinées par O’BARR. Ces planches ajoutent une touche lyrique à l’œuvre. Certes, la différence de niveau graphique est grande entre les planches des 80’s et celle de ce début des années 2000. Mais au lieu de sortir du récit par ce gap graphique, il intensifie fortement son romantisme gothique. Eric souffre le martyre. Et à travers Eric, l’auteur nous hurle sa haine, sa tristesse et sa culpabilité. Sa quête de vengeance n’ayant de sens que pour qu’il finisse par trouver la paix…

UNE RÉDEMPTION ?
La rédemption et le pardon sont le cœur implicite de ce récit. Si les monstres du récit ne sont pas épargnés, il en résulte une demande de pardon à cet être surnaturel, instrument de la vengeance d’un amour parti brutalement. Mais c’est bien à Eric, et par ce personnage, à James O’BARR qu’il est demandé de se pardonner. La conclusion livrant un message sur ce que l’auteur ressent vraiment et qui laisse penser que ce livre est une thérapie. Ou tout du moins un pont vers un apaisement. James O’BARR livre l’œuvre de sa vie avec ce THE CROW tant au sens artistique que personnel. Shelly est Bethany tout comme il est Eric. Et il est à parier que nombre des personnages récurrents sont autant de personnes de l’entourage de l’auteur.

Quoi qu’il en soit, ce livre est à lire. Qui plus est, la “Definitive Edition” de Delcourt (malheureusement introuvable maintenant) rend grâce au récit qui se voit ajouté les pages perdues ou non publiées à l’époque. En-tout-cas, vous l’aurez compris, ce livre est à lire et il se vit plus qu’il ne se raconte.
À l’heure ou ces lignes sont écrites, Delcourt a annoncé une nouvelle édition de l’œuvre de James O’Barr pour le 24 septembre 2025. Une édition cartonnée et agrandie qui ravira les plus grands fans de ce récit.
Et si vous voulez aller plus loin, vous avez toujours le replay du live fait avec Deviant Prod, Nico Tout Seul et Jarod sur le sujet. Nous traitons du comics et de plusieurs films de la saga.
